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Exposition « Le Moyen Âge du XIXe siècle. Créations et faux dans les arts précieux » au musée de Cluny

La redécouverte du Moyen Âge, véritable « medieval revival » qui se développe en France à partir des années 1820, s’accompagne d’un foisonnement de productions artistiques inspirées par cette époque jusque-là méprisée. Comme son titre le précise, l’exposition qui se tient au musée de Cluny se consacre aux « arts précieux » : orfèvrerie, émaillerie, ivoires, textile.

Portés par des publications savantes et grâce aux progrès technologiques, des objets médiévaux célèbres sont copiés. Ainsi le ciboire de Maître Alpais est-il fréquemment reproduit.

Ciboire de Maître Alpais, Limoges vers 1200, Paris, Musée du Louvre et Galvanoplastie du ciboire, Maison Christofle et Cie, Saint-Denis, 1887, Paris musée des Arts décoratifs

Les objets d’orfèvrerie médiévaux sont particulièrement appréciés par les artistes qui s’en inspirent, grâce à la galvanoplastie et à l’usage du surmoulage. Les textiles influencent des créations, notamment pour les habits liturgiques.

Ange portant un écu armorié, Angleterre, 1849 ou vers 1866, Broderie de soies polychromes et de filés or et argent sur toile de lin, Paris, musée de Cluny © GrandPalaisRmn / Mathieu Rabeau

Sont évoqués les collectionneurs amateurs d’objets du Moyen Âge et de la Renaissance, tel Alexandre du Sommerard, à l’origine du musée de Cluny. Paris devient une capitale de l’art où la construction de l’hôtel Drouot en 1852 encourage ces « fous de bibeloterie ».

Portrait d’Alexandre Du Sommerard, Frédéric Millet (1786-1859), Paris, musée de Cluny © GrandPalaisRmn (musée de Cluny) / Franck Raux

Afin de disposer d’un objet parfait, ces collectionneurs n’hésitent pas à en compléter les parties manquantes ou de faire fabriquer un pendant afin d’obtenir une pseudo-paire médiévale, comme le buste reliquaire dit d’Isabelle la Catholique, pendant de celui prétendument de Ferdinand d’Aragon.

Chef-reliquaire dit de Ferdinand d’Aragon, Espagne, vers 1500-1515 (tête), seconde moitié du XIXe siècle (buste), Paris, musée du Louvre et chef-reliquaire dit d’Isabelle la Catholique, Aix-la-Chapelle (?), XIXe siècle © Collection Château de Gaasbeek

Cet intérêt pour l’art médiéval engendre des créations inspirées par le Moyen Âge, imitations, pastiches et œuvres combinant différents styles. Le Moyen Âge se trouve parfois réinventé et fantasmé, comme avec la vraie fausse « ceinture de chasteté », pratique n’ayant jamais existé.

Ceinture de chasteté à bec d’ivoire, Première moitié du XIXe siècle (avant 1842) Paris, musée de Cluny© GrandPalaisRmn/ Jean-Gilles Berizzi

L’engouement des collectionneurs à la recherche de l’objet rare, le succès du collectionnisme, entraînent une production de faux jamais connue jusqu’alors. Les arts précieux ont grandement suscité des vocations de faussaires en matière d’orfèvrerie et d’ivoire. Dans ce domaine, l’Italien dit Louis Marcy se révèle un modèle du genre en faisant travailler des artisans qui s’inspirent de modèles médiévaux qu’il vend aussi bien à des collectionneurs qu’à des musées.

Reliquaire-monstrance, Faussaire D’Hermange, Metz, vers 1850, Paris, musée de Cluny © GrandPalaisRmn / Michel Urtado.

Compte-rendu par Hélène Guicharnaud.

Exposition au musée de Cluny jusqu’au 11 janvier 2026

Commissaires : Christine Descatoire et Frédéric Tixier

Catalogue sous la direction de Christine Descatoire et Frédéric Tixier

Colloque : Les arts du Moyen Âge et de la Renaissance du XIXe siècle : réception, collectionnisme et réinterprétations

  • lundi 8 décembre au musée de Cluny
  • mardi 9 décembre à l’INHA

en libre accès, dans la limite des places disponibles.

Brice Leibundgut
Brice Leibundgut

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Brice Leibundgut (14 octobre 2025). Exposition « Le Moyen Âge du XIXe siècle. Créations et faux dans les arts précieux » au musée de Cluny. Société de l’Histoire de l’Art Français (SHAF). Consulté le 7 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/14y9g


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