Prosper Mérimée (1803-1870) de retour au château de Compiègne, visite du 6 mars 2024

Accueil par Rodolphe Rapetti et les commissaires de l’exposition
Accueillis au château de Compiègne par les commissaires de l’exposition Prosper Mérimée (1803-1870), Rodolphe Rapetti, directeur ; Laure Chabanne, conservateur, qui vient de rejoindre l’équipe du musée d’Orsay ; Jean-François Delmas et Marc Desti, conservateurs, une vingtaine de membres de la Société de l’Histoire de l’art français ont pu profiter, le 6 mars dernier, d’une passionnante visite de l’hommage rendu à ce personnage protéiforme dont on a fêté le 28 septembre 2023, le deux centième anniversaire de la naissance.
Succédant à l’exposition de 1953-1954, organisée par la Bibliothèque Nationale à l’occasion du cent-cinquantenaire de sa naissance, qui privilégiait l’écrivain, cette nouvelle manifestation, bien plus ambitieuse, rend compte à travers une suite de sections clairement annoncées qui se succèdent dans le parcours ordinaire du musée, des multiples activités du personnage, de ses origines et des nombreuses relations qu’il a entretenues avec ses contemporains, de l’époque de Louis-Philippe à celle de Napoléon III, période où il fut invité à plusieurs reprises dans les lieux où il est aujourd’hui exposé.
Sa famille – depuis son arrière-grand-mère, Jeanne-Marie Le Prince de Beaumont, auteur prolixe dont on se rappelle, en particulier, La Belle et la Bête, jusqu’à ses parents peintres –, introduit le visiteur, dès la première salle, dans le milieu où Mérimée va trouver le ferment et les ressources de ses activités futures. La première de ses occupations/passions, il la vit, à partir de 1834, lorsqu’il devient le deuxième inspecteur général des Monuments historiques. Dans ce service, qui ne date que de 1830, il va se dépenser sans compter, parcourant la France en tous sens, relevant les objets à protéger et les monuments à sauver, organisant, à partir du début des années 1850, leur couverture photographique et lançant leur restauration avec l’aide d’architectes dont le plus célèbre fut Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc.

Dans la salle dédiée à Carmen
La section suivante nous fait pénétrer auprès de l’écrivain et de l’historien. Surtout connu pour sa nouvelle, Carmen, publiée en 1847– même si sa paternité lui a été usurpée par l’opéra de Georges Bizet et de ses librettistes Henri Meilhac et Ludovic Halévy, en 1875 –, Mérimée fut un auteur fécond, dès le début des années 1820, n’hésitant pas à utiliser pseudonymes et supercheries littéraires pour entrer par la petite porte dans la littérature. Le panorama de ses publications permet aussi de découvrir que Carmen ne fut pas la seule à lui être dérobée puisque la fameuse Périchole de Jacques Offenbach, et des mêmes Meilhac et Halévy, représentée pour la première fois en1868, est fille du texte de Mérimée, Le Carrosse du Saint-Sacrement, extrait du Théâtre de Clara Gazul, publié en 1825, qui, bien plus tard encore inspirera le film Le Carrosse d’or de Jean Renoir (1953).
L’écrivain est volontiers aussi historien ou mémorialiste ce qui permet d’introduire la section suivante qui traite des multiples facettes des relations cordiales ou tumultueuses de Mérimée et de ses contemporains, avec un développement particulier sur sa présence à Compiègne où il a séjourné à sept reprises entre 1857 et 1865.
Il est toujours question d’écriture dans la section qui clôt l’exposition, d’un type particulier puisque Mérimée a aussi œuvré comme critique artistique. Il publie en 1839, puis en 1853, ses réflexions dans La Revue des deux mondes, puis dans Le Moniteur universel, textes reproduits in extenso dans le catalogue, accompagnés d’un riche apparat critique. Pour informer ses lecteurs, Mérimée, qui réserve une large place aux artistes étrangers, pratique alors peu courante, ne se contente pas de décrire ce qu’il voit mais se livre à d’intéressantes digressions appliquées, par exemple, aux rapports qu’entretiennent alors littérature et peinture, dans son article du 1er avril 1839.

Adolphe Brune, L’Envie, 1839 © Musée des Beaux-Arts de Dole / Julie Barth
Pour accompagner ses commentaires, des tableaux des Salons de 1839 et de 1853 ont été réunis. Ce n’est pas un moindre plaisir de cette exposition que de pouvoir admirer, entre autres, pour 1839 : L’Exorcisation de Charles VI de François Auguste Biard, prêté par le musée de Leipzig non loin de la spectaculaire Envie d’Adolphe Brune, du musée de Dôle ; ou, pour 1853, la Florinde de Franz Xaver Winterhalter, venue du Metropolitan Museum of Art de New York ou l’Idylle de Jean-Léon Gérôme, tableau précoce offert au musée Massey de Tarbes par Achille Fould, croisé plus tôt parmi les proches de Mérimée. Cet accrochage est aussi l’occasion de découvrir un tableau ayant appartenu à l’impératrice Eugénie, longtemps considéré comme disparu dans l’incendie des Tuileries, et opportunément acheté par Compiègne, l’an dernier : Idylle, ma sœur n’y est pas, de Jean-Louis Hamon, qui n’eut cependant pas l’heur de séduire Mérimée.
Dominique Lobstein
Catalogue de l’exposition
« Prosper Mérimée (1803-1870) », sous la direction et commissariat général : de Rodolphe Rapetti ; Commissariat : Laure Chabanne, Jean-François Delmas, Marc Desti, Paris, Réunion des musées nationaux-Grand Palais, 2023, 343 pages.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Brice Leibundgut (7 mars 2024). Prosper Mérimée (1803-1870) de retour au château de Compiègne, visite du 6 mars 2024. Société de l’Histoire de l’Art Français (SHAF). Consulté le 15 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/vzbs
