Les roches rouges. Éclosion artistique dans l’Estérel à l’aube du XXe siècle.

Le musée des Beaux-Arts de Draguignan vient d’ouvrir une exposition passionnante qui permet de voir, comprendre et admirer les tableaux des peintres qui sont venus trouver leur inspiration devant le spectacle du massif de l’Estérel entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe. Plongeant dans la Méditerranée aux couleurs changeantes, les roches rouges ou roses, la rhyolithe d’origine volcanique, où s’infiltrent la végétation verte, offrent un paysage bien propre aux émotions esthétiques et à leurs transcriptions personnelles. Les peintres ne s’y sont pas trompés, qui fréquentent déjà la côte avant l’ouverture de la route côtière par le Touring-Club de France en 1903. Les sites les plus spectaculaires de la corniche deviennent un motif, que plusieurs peintres vont cultiver parallèlement, ce qui permet de voir dans l’exposition, les relations, les rapprochements et les différences dans le traitement d’un même thème. Les rochers découpés, se détachant sur une mer tantôt houleuse, tantôt apaisée, de couleur bleue, turquoise, verte ou noire, deviennent un signe presque abstrait de l’exaltation de la couleur.

Si on connaît bien le rôle de la Bretagne et de la Provence occidentale comme source d’inspiration des peintres de la nouvelle modernité, la Provence orientale était restée à l’écart de la recherche. Marine Roux, conservatrice au musée des Beaux-Arts de Draguignan, a comblé cette lacune en exposant cinquante-quatre tableaux, accompagnés d’un matériel didactique. Grâce à de nombreux prêts de collectionneurs privés, elle redonne vie à un courant oublié de la peinture. Elle a convoqué de nombreux artistes, certains connus, d’autres méconnus, qui ont été attirés par ce paysage insolite. De Charles Camoin à Armand Guillaumin, d’Eugène Fromentin à l’inconnue Clémentine Ballot, d’Henri Seysssaud à Henri Manguin, de Georges d’Espagnat au Nancéen Jacques Majorelle, de Maurice Eliot à Albert Marquet, c’est Louis Valtat (1869-1952) qui domine la sélection. Cet oublié de la cage aux fauves du Salon d’Automne de 1905, trop méconnu malgré une exposition en 2011-2012 au musée regards de Provence, s’affirme ici par la variété de son talent que démontre le grand tableau acquis en 2025 par le musée des Beaux-arts de Draguignan. Butinant dans tous les courants de l’art, du fauvisme au néo-impressionnisme et même au pointillisme, pour en prendre le meilleur, il sait donner à l’écume blanche qui s’écrase et éclabousse, aux rochers rouges qui deviennent bleus, aux formes déchiquetées, une présence forte et vibrante que renforce un cadrage serré. Fréquentant à l’est de Saint-Raphaël, le petit port de pêcheurs d’Agay, au cœur de la baie battue par les flots depuis 1897, il y avait fait bâtir une maison, le Roucas Rou qu’il fréquentera jusqu’en 1914. Avant même l’éclosion du fauvisme de 1905, il avait su trouver dans le paysage d’Agay ou d’Anthéor, dans le jeu de la lumière et de la couleur, le moyen d’affirmer son audace chromatique qui n’est pas seulement reproduction du réel, mais expression.
Compte-rendu par Geneviève Bresc-Bautier.

Exposition au musée des Beaux-Arts de Draguignan, rue de la République, du 22 mai au 31 octobre 2026.
Marine Roux, commissaire scientifique.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Brice Leibundgut (24 mai 2026). Les roches rouges. Éclosion artistique dans l’Estérel à l’aube du XXe siècle. Société de l’Histoire de l’Art Français (SHAF). Consulté le 7 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/169ob
